Qu’est-ce que le syndrome du museau blanc?
Le syndrome du museau blanc (SMB) se caractérise par des mortalités massives de chauves-souris associées à l’observation d’une croissance fongique blanche sur le museau, les oreilles et/ou la membrane des ailes des chauves-souris touchées par cette affection. De plus, chez les individus affectés, il n’est pas rare de constater une absence de réserve de graisse. Jusqu’à tout récemment, le mycète qui colonise la peau des chauves-souris était encore inconnu. Toutefois, un groupe d’experts américains a récemment identifié ce mycète en tant que nouvelle espèce de champignon et celui-ci porte maintenant le nom de Geomyces destructans (Gargas et coll. 2009). Cet organisme, qui prospère généralement dans les milieux froids et humides, peut s’attaquer aux chauves-souris lors de leur hibernation en s’introduisant dans les tissus des animaux encore vivants (Blehert et coll. 2009). Ceci étant entre autres possible compte tenu que les chauves-souris hibernent dans des endroits favorables à la croissance du mycète.
Une petite chauve-souris brune affectée par le syndrome du museau blanc.
Crédit : Marvin Moriarty, USFWS
Cliquez sur l'image pour agrandir
Malgré l’identification de Geomyces destructans, l’origine de ce syndrome n’est pas encore clairement établie. En effet, il reste à déterminer si la croissance de ce mycète est une conséquence secondaire à un autre facteur, comme la présence d’un autre pathogène ou d’un contaminant non identifié affectant le système immunitaire et la condition physique des chauves-souris ou, encore, si ce mycète est un pathogène nouvellement introduit en Amérique du Nord et qu’il est à l’origine des mortalités observées. Afin de mieux comprendre le phénomène, ces hypothèses sont présentement étudiées de près par un groupe de recherche international auquel le Québec participe.
Comme le manque de réserve de graisse empêche les animaux de compléter leur hibernation de façon normale, ceux-ci se réveilleront de façon prématurée. Malheureusement, lorsque cela se produit, la plupart des individus meurent par manque d’énergie, ou encore, tentent de quitter le site d’hibernation à la recherche de nourriture. C’est pour cette raison qu’en présence du SMB dans une population, on retrouve régulièrement des chauves-souris au comportement atypique près des hibernacles. Par exemple, des chauves-souris provenant d’un site affecté ont déjà été aperçues volant en plein jour au mois de février, alors que la neige est encore présente au sol et que les températures sont trop basses pour que les insectes dont elles se nourrissent soient actifs. De fait, les signes les plus importants du SMB sont souvent observés un peu avant la fin de la période d’hibernation normale des chauves-souris. Lorsque le SBM est présent, celui-ci peut causer une mortalité très élevée au sein des colonies de chauves-souris, pouvant aller parfois jusqu’à 90 % des effectifs, ce qui peut provoquer l’extinction locale de populations, dont certaines sont constituées d’espèces en situation précaire.
Espèces affectées
La plupart des espèces de chauves-souris peuvent être affectées par le SMB. Cependant, la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus), la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis), la chauve-souris de l'Indiana (Myotis sodalis, absente du Québec), la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus) et la Pipistrelle de l'Est (Perimyotis subflavus), ont été particulièrement affectées dans le nord-est des États-Unis. La plupart des espèces touchées par le SMB sont donc insectivores et cavernicoles.
Répartition géographique actuelle
Le SMB a d'abord été observé chez des chauves-souris mortes ou en hibernation dans des grottes près d'Albany dans l’État de New York par le New York State Department of Environmental Conservation au début du mois de février 2007. Depuis mars 2008 et jusqu’à ce jour, des biologistes et des spéléologues ont documenté des milliers de chauves-souris affectées, ou mortes du SMB, dans plus de 60 sites situés dans 9 États, dont les plus sévèrement touchés sont situés près du Québec.
Causes possibles de transmission
Le SMB a été documenté en premier lieu dans une grotte visitée annuellement par des milliers de touristes; c’est donc fort probablement à partir de cet endroit que le syndrome s’est répandu aux autres sites. La vitesse préoccupante à laquelle celui-ci s’est répandu indique que ce mycète nouvellement identifié pourrait probablement être une espèce exotique très invasive. Les déplacements des chauves-souris d’un site à l’autre, de même que les visites par les humains de différentes grottes affectées et non affectées pourraient favoriser sa propagation rapide. Il est donc particulièrement important de tenir compte de cet aspect lors de la visite de sites fréquentés par les chauves-souris, et de prendre des mesures de décontamination rigoureuses afin d’éviter de propager le SMB à d’autres sites.
Suivi de l'évolution de la situation au Québec
Les équipes de biologistes du Ministère sont régulièrement en contact avec les spécialistes américains afin de suivre l’évolution du syndrome du museau blanc dans le nord-est des États-Unis. Évidemment, ce problème pourrait avoir des répercussions majeures sur les populations de chiroptères du Québec, qui semblent avoir été épargnées jusqu’à ce jour. En effet, bien que le syndrome n’ait pas été noté au Québec, la possibilité que nos colonies de chauves-souris puissent être affectées par ce syndrome n’est malheureusement pas à écarter. C’est dans ce contexte que des travaux de recherche sont actuellement réalisés afin de suivre l’état de santé des populations de chauves-souris du Québec et d’y détecter rapidement la présence du SMB.
Gros plan sur la croissance fongique qui se trouve sur le museau de cette petite chauve-souris brune.
Crédit : Ryan von Linden, New York Department of Environmental Conservation.
Cliquez sur l'image pour agrandir
Surveillance du SMB au Québec
Depuis le printemps 2008, le Ministère est préoccupé par la possibilité d’introduction du SMB au Québec. Ainsi, aux printemps 2008 et 2009, des inspections de mines abandonnées, connues comme étant utilisées par des colonies de chauves-souris pour l’hibernation, ont été effectuées. Ces inspections visaient à vérifier si le syndrome du museau blanc était présent et si des mortalités massives étaient survenues au Québec. Heureusement, aucun signe de ce syndrome n’a été noté dans les 5 sites inspectés et, de plus, aucune mortalité suspecte n’a été rapportée.
Par ailleurs, le Ministère invite les citoyens à signaler toute observation de chauves-souris présentant des signes pouvant être attribuables au SMB. Pour ce faire, vous pouvez communiquer avec le Ministère, par téléphone au 1 866 248-6936 ou par courriel afin de signaler votre observation.
Références citées et autres références pertinentes
Blehert, D.S., A.C. Hicks, M. Behr, C.U. Meteyer, B.M. Berlowski-Zier, E.L. Buckles, J.T. Coleman, S.R. Darling, A. Gargas, R. Niver, J.C. Okoniewski, R.J. Rudd, et W.B. Stone, 2009. Bat white-nose syndrome: an emerging fungal pathogen? Science, 323 : 227.
Cohn, J.P., 2008, White-nose Syndrome Threatens Bats: BioScience, v. 58, ( 11):p. 1098 0006-3568.
Notes: doi : 10.1641/B581116.
Gargas, A., M.T. Trest, M. Christensen, T.J. Volk, et D.S. Blehert, 2009. Geomyces destructans sp. nov. associated with bat white-nose syndrome. Mycotaxon, 108 : 147-154.
Meteyer, C.U., E.L. Buckles, D.S. Blehert, A.C. Hicks, D.E. Green, V. Shearn-Bochsler, N.J. Thomas, A. Gargas, et M.J. Behr, 2009. Histopathologic criteria to confirm white-nose syndrome in bats. J Vet Diagn Invest, 21 : 411-4.
USFWS. 2009. White-nose syndrome in bats : Frequently asked questions. US Fish & Wildlife Service.
|