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En 1992, dans le cadre
du Programme de réforme du cadastre, le gouvernement du Québec
confiait à la Direction générale du cadastre
le mandat de rénover tout le territoire cadastré du
Québec, lequel comprend quelque 3,6 millions de lots.
Rappelons que les principaux objectifs de ce programme
sont :
- reconstituer une image fidèle du morcellement foncier;
- assurer la tenue à jour du cadastre;
- garantir la polyvalence du cadastre.
L'envergure du mandat et les objectifs poursuivis
rendaient incontournable l'informatisation du cadastre. En effet,
sans l'apport de l'informatique, la production et l'analyse des documents
cadastraux relatifs à près de 4 millions de lots
étaient impossibles à réaliser dans un délai
et des coûts raisonnables. De plus, les objectifs de tenue à
jour et de polyvalence du cadastre n'auraient pu être atteints
avec des documents cadastraux produits sur support papier.
En fait, la nécessité de procéder
à l'informatisation du cadastre apparaît aussi évidente
aujourd'hui que pouvait l'être l'utilisation de la toile à
dessin en 1860 lors de l'établissement de notre système
cadastral.

Les coordonnées :
support au dessin du plan
L'informatisation du cadastre québécois
a conduit à la mise en place du système de gestion
des données cadastrales. Ce système assure l'intégrité
et la mise à jour de la base de données cadastrales,
laquelle est constituée de données descriptives et
géométriques.
Dans le cadre de la mise sur pied du système
de gestion des données cadastrales, la DGC a dû faire
des choix technologiques. Parmi ces choix, mentionnons les suivants :
- Arc/Info comme système de gestion de données localisées;
- ORACLE comme système de gestion de base de données
relationnelles.
De plus, les formats d'échange retenus permettant
l'intégration et la diffusion des données sont :
- DXF pour les données géométriques;
- CSV pour les données descriptives.
Ces outils informatiques font en sorte que chaque
lot (polygone) dans la base de données cadastrales et, conséquemment,
dans le format d'échange utilisé, est représenté
par un ensemble de paires de coordonnées. Enfin, le Système
de coordonnées planes du Québec (SCOPQ) a été
retenu afin d'assurer la polyvalence du cadastre.Ces orientations
technologiques impliquent que les fichiers du plan cadastral produits
par les arpenteurs-géomètres doivent respecter certaines
normes techniques particulières. Par exemple, les coordonnées
doivent être inscrites dans les fichiers avec une résolution
minimale de 0,0001 mètre et ce, dans le seul but de
satisfaire aux normes techniques des outils informatiques utilisés.
Ces normes techniques n'ont toutefois rien à
voir avec la précision des données cadastrales à
caractère géométrique telles les limites, les
mesures ou la contenance des lots. En effet, ce n'est pas parce
que les fichiers du plan cadastral ont une telle résolution
que le cadastre du Québec est un cadastre de haute précision.
De la même façon, ceci ne confère pas non plus
aux coordonnées une quelconque valeur légale.
Depuis plus de 100 ans, les arpenteurs-géomètres
québécois ont réalisé des plans cadastraux
à l'aide d'une toile et de l'encre.
Dans le cadastre du Québec, les fichiers
et les coordonnées sont le pendant de la toile et de l'encre.
Ils servent de support au dessin du plan en permettant la représentation
graphique des lots, sans plus.

Les modifications au plan
cadastral
Tel que cela a été mentionné
précédemment, les coordonnées sont présentes
dans la base de données pour des considérations techniques
seulement : servir de support au plan en permettant la représentation
des lots. Ce ne sont donc pas des données autonomes.
Ainsi, il est impossible pour un arpenteur-géomètre
de corriger uniquement les coordonnées d'un lot. La modification
des coordonnées est conséquente à la correction
de la configuration du lot (limite déplacée ou corrigée).

Le cadastre et la délimitation
Les coordonnées déduites du plan
cadastral peuvent-elles être utilisées pour délimiter
un lot, sans être analysées préalablement par
l'arpenteur-géomètre? Évidemment
non!
D'ailleurs, l'article 977 du Code civil du
Québec est clair à ce sujet :
« 977. Les limites d'un fonds
sont déterminées par les titres, les plans cadastraux
et la démarcation du terrain et, au besoin, par tout autres
indices ou documents utiles. »
Le législateur précise ainsi les
éléments qui doivent être analysés pour
délimiter une propriété, dont le cadastre,
les titres et l'occupation. Il n'est donc pas question d'utiliser
les seules informations provenant du cadastre pour établir
les limites d'un fonds. De plus, cette règle s'applique autant
en territoire rénové qu'en territoire non rénové.
En fait, de façon générale,
les arpenteurs-géomètres sont d'avis que les coordonnées
déduites du plan cadastral sont des éléments
utiles à la délimitation. Cependant, elles doivent
être confrontées à la réalité
tant physique que légale des lieux.
Ainsi, M. Grégoire Girard 1,
arpenteur-géomètre, interprète
l'article 977 en ces termes :
« On peut constater, à la lecture
de cet article, qu'aucun de ces éléments utiles
à la délimitation n'a priorité sur l'autre
et que son application n'est pas de nature temporaire, c'est-à-dire
en attendant que tous les immeubles soient considérés
comme immatriculés.
En conséquence, même après
l'entrée en vigueur d'un registre foncier du Québec et le report
sur une fiche immobilière d'un droit de propriété
dans un immeuble immatriculé, l'établissement des
limites d'un tel immeuble sera toujours soumis aux dispositions
de l'article 977 du nouveau Code et les données cadastrales
ne seront pas les seuls éléments utiles à
la délimitation. »
Selon M. Girard, la délimitation d'une
propriété doit continuer de se faire en confrontant
les titres, les données cadastrales et l'occupation. Et ici,
lorsqu'on parle de données cadastrales, on entend les mesures
inscrites au plan. On est donc bien loin de piqueter un emplacement
en ne considérant que les coordonnées déduites
du plan.
M. Jacques Sylvestre 2,
également arpenteur-géomètre,
opine d'ailleurs dans le même sens :
« Quant à la position de cette
figure, position qui pourrait être retracée en se
servant des coordonnées qui, elles aussi, sont sous-jacentes
au produit de base fourni, je crois que, pour le moment, il ne
faudrait pas lui donner une portée trop grande. [
] Les coordonnées pourraient me servir pour fins de référence
afin de voir si, dans ce secteur, l'image correspond avec la délimitation,
sans toutefois en donner plus. [
]
Elles ne servent qu'à une représentation
graphique et le plus grand danger que nous avons à surveiller
découle du fait que ces coordonnées seront très
près de la réalité. »
M. Jacques Fournier 3,
alors président de l'Ordre des arpenteurs-géomètres
du Québec (OAGQ), est du même avis :
« L'arpenteur-géomètre
devra toujours respecter les règles de pratique et les
lois lorsqu'il procédera à de tels travaux en territoire
rénové et il devra redoubler de prudence et toujours
garder à l'esprit que le cadastre, même en territoire
rénové, est une représentation graphique
dans le système cartographique québécois. »
D'ailleurs, le bureau de direction de l'OAGQ a adopté une
résolution 4
à ce sujet :
« Les coordonnées pouvant être
déduites du plan de rénovation cadastrale donnent
une idée approximative de ce que pourrait être la
position de la délimitation de la propriété.
En aucun temps, elles ne peuvent être utilisées pour
délimiter la propriété sans qu'une étude
préalable du secteur à délimiter, comprenant
le levé de repères et des occupations, n'ait été
faite. En cas de discordance entre les coordonnées du cadastre
et celles déduites suite au levé des lieux, ces
dernières ont priorité. »
M. Sylvestre 5
met également en garde les arpenteurs-géomètres
en ce qui a trait à l'usage inapproprié qui pourrait
être fait des coordonnées :
« Si, à l'avenir, des juges
avaient à parler de ces coordonnées et à
leur donner une portée autre que celle de représentation
graphique, ce serait je crois par l'usage qu'auraient pu en faire
des arpenteurs-géomètres. En effet,
si du jour au lendemain, nous commençons à piqueter
des emplacements à partir des coordonnées graphiques
fournies en produits sous-jacents par la réforme du cadastre,
soyez assuré que ce serait outrepasser le mandat initial
que s'est donné le gouvernement qui est de faire en sorte
que chaque propriété au Québec porte une
identification distincte. »

Conclusion
Le cadastre du Québec étant informatisé,
la représentation des lots est réalisée à
l'aide de coordonnées et ce, dans un système de référence
connu des arpenteurs-géomètres (SCOPQ). Ces coordonnées
n'ont aucune valeur légale.
Ainsi, les arpenteurs-géomètres doivent
toujours garder à l'esprit que ce sont les données
inscrites au plan qui sont les données officielles du lot.
De plus, lors de la délimitation d'un lot, ces données
doivent toujours être confrontées à la réalité
des lieux.
Les arpenteurs-géomètres doivent
donc utiliser les coordonnées déduites du plan cadastral
avec discernement et ce, conformément aux lois en vigueur
et aux règles de l'art qui gouvernent leur profession.

- Le cadastre et la protection des droits immobiliers,
Revue Arpenteur-géomètre, vol. 21,
nº 1, Mai 1994, p. 27
- Exposé dans le cadre d'une formation
continue sur le cadre juridique du nouveau cadastre, Revue Géomatique,
vol. 25, nº 1, Mai 1998, p. 13
- Mot du président Jacques Fournier,
Renue Géomatique, vol. 24, nº 5, Février 1998
- Extrait de la résolution nº
B-97-6635 du Bureau de direction de l'Ordre des arpenteurs-géomètres
du Québec
- Exposé dans le cadre d'une formation
continue sur le cadre juridique du nouveau cadastre, Revue Géomatique,
vol. 25, nº 1, Mai 1998, p. 13
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