L'uranium : un vent d'optimisme
Serge Perreault, géologue résident,
Direction de Géologie Québec
- Les gîtes d'uranium
au Québec Les gîtes d'uranium au Québec >>
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d'uranium >>
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L’intérêt de la communauté
minière pour l’uranium renaît au Québec
après 22 ans de relative inactivité. Même
si la production d’uranium est concentrée en Saskatchewan
et que c’est dans cette province que la majeure partie des
dépenses en exploration au Canada sont consacrées,
le Québec représente néanmoins un terrain de
jeu intéressant pour l’exploration de cette substance.
Bien que de vastes régions du Québec aient déjà
fait l’objet de travaux d’exploration, ceux-ci n’ont
eu qu’une importance limitée en raison du manque de
données radiométriques, géochimiques et géologiques.
Toutefois, grâce à un récent levé géochimique
de sédiments de fonds de lac dans le Grand- Nord, à
la cartographie de la partie nord de la Province du Supérieur
et à une utilisation judicieuse des bases de données
de SIGEOM, il est maintenant possible de planifier des campagnes
d’exploration de terrain dans des territoires qui furent oubliés
entre les années 1960 et 1980.
Les gîtes d’uranium
au Québec
Le Québec a connu deux grandes vagues d’exploration
pour l’uranium. La première a lieu dans les années 1950
et 1960. Cette période correspond également
à la réalisation de grands levés radiométriques
aéroportés régionaux par la Commission
géologique du Canada. Seul le sud du Québec
est couvert par ces levés. La deuxième période
commence au milieu des années 1970 et se termine
au début des années 1980. Depuis, l’exploration
pour l’uranium a pratiquement cessé. Cependant,
à partir de l’automne 2004, les anciens
gîtes d’uranium connus ont suscité la convoitise
de plusieurs compagnies minières junior et
senior.
Au Québec plusieurs types de gîtes d’uranium
ont été reconnus (Clark et Wares, 2004; Sidex
2004; SIGÉOM-Gîtes; Boily et Gosselin, 2004;
Gosselin et al., 2003; Masse, 1974) : |

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- les gîtes d’origine sédimentaire stratiforme
dans les grès (Formation de Sakami (ex. : gîtes
Lac Gayot (Fearless One) et Lac Bert); Groupe de Chioak dans la
Fosse du Labrador (ex. : indice Chioak);
- les gîtes liés à des discordances, semblables
à ceux du bassin de l’Athabasca (ex. : rivière
Camie et lac du Castor, dans le bassin des monts Otish);
- les gîtes filoniens (épithermaux), avec cuivre
et/ou or, associés à de l’albitisation (ex.
: indice Sagar, dans la Fosse du Labrador);
- les gîtes d’uranium–or dans des conglomérats,
semblables à ceux d’Elliot Lake en Ontario (formation
d’Apple dans la Province du Supérieur);
- les gîtes de type fer-oxydes avec uranium, cuivre et
or, de type Olympic Dam en Australie (ex. : les indices Nipissis
(Kwijibo) sur la Côte-Nord);
- les gîtes associés à des pegmatites et
des granitoïdes (ex. : indices de la région de
Mont-Laurier–Grand-Remous, région de Baie-Johan-Beetz
et d’Aguanish, sur la Côte-Nord dans la Province de
Grenville);
- les gîtes associés à des carbonatites ou
à des complexes ignés alcalins, du type Palabora
(ex. : carbonatite d’Oka; complexe alcalin du lac Brisson
(Strange Lake)).
Potentiel au Québec
La plupart des indices travaillés entre
les années 1960 et 1980 n’ont pas permis
de mettre au jour des gîtes rentables. Toutefois, le potentiel
minéral pour des gîtes d’uranium est présent
au Québec.
- Les roches sédimentaires du Paléoprotérozoïque
du bassin des monts Otish, de la Formation de Sakami et de celles
de la bordure ouest de la Fosse du Labrador (Groupe de Chioak)
représentent des zones hautement favorables à des
gîtes de type discordance (type Athabasca) et de type sédimentaire
stratiforme dans des grès. Il faut se demander ce qu’il
en est pour le Groupe de Wakeham dans la Province de Grenville.
- La Fosse du Labrador est l’exemple parfait de gîtes
de type filonien associé à de l’albitisation.
Le potentiel pour l’Orogène de l’Ungava (Fosse
de l’Ungava) et de la Province de Grenville reste aussi
à déterminer.
- Les gîtes associés aux pegmatites (alaskites) et
aux granitoïdes peralumineux de type Rössing (Namibie)
sont fort bien connus dans la Province de Grenville et quelques
exemples sont connus dans la Province du Supérieur. Il
serait intéressant de savoir ce qu’il en est de la
zone Noyau située entre les limites orientales de la Fosse
du Labrador et celle de l’Orogène des Monts Torngat.
La présence de métasédiments migmatisés,
d’un cortège imposants d’intrusifs granitiques
(ex. : batholite De Pas) et d’anomalies uranifères
dans les sédiments de fonds de lac mérite que l’on
s’attarde à ce vaste territoire.
- Pour ce qui est du potentiel uranifère des Appalaches,
seuls quelques indices sont connus (ex. : Saint-Armand, Sainte-Anne-du-Lac,
près de Thetford-Mines). Toutefois, cette province géologique
mérite une attention particulière puisqu’elle
est située près des infrastructures majeures de
transport et des grands marchés nord-américains.
- Enfin, il existe peut-être un potentiel pour les gîtes
d’uranium associés à des roches volcaniques
felsiques d’affinité subalcaline à hyperalcaline
(ex. : le gîte Michelin au Labrador). Le Groupe de
Wakeham (Province de Grenville), certaines unités volcaniques
de l’Orogène du Nouveau-Québec et des Appalaches
représentent des zones cibles pour ce type de gîtes.

Un rappel économique
La grande dépression qu’a connu le
marché de l’uranium est attribuée à plusieurs
facteurs, dont des accidents majeurs dans des centrales nucléaires
aux États-Unis (1979) et dans l’ex-URSS (1986), qui
ont ralenti ou tout simplement stoppé la mise en chantier
de nouvelles centrales nucléaires dans ces pays et dans certains
pays industrialisés. Avec la dénucléarisation
de l’arsenal nucléaire des deux superpuissances, le
recyclage des barres de combustibles d’uranium et de plutonium
et la liquidation d’inventaires d’uranium, de nouvelles
sources d’approvisionnement secondaire de plutonium et d’uranium
firent leur apparition sur les marchés dans les années 1990
(Comb, 2004, World Nuclear Association, octobre 2004).
Le marché de l’uranium a été
dominé par une production primaire qui excédait les
besoins des réacteurs nucléaires entre 1970 et 1984.
Cette production d’uranium était basée sur des
prévisions erronées d’une forte croissance de
la production d’énergie nucléaire (Sidex, 2004).
Jusqu’en 1990, la production primaire d’oxyde octovalent
d’uranium (U3O8) dépassait largement
la demande. Par la suite, cette production primaire d’U3O8
a décru par rapport à la demande (Comb, 2004). Entre 1985
et 2003, nous avons même assisté à une
liquidation des stocks.
Depuis près de deux ans, le prix spot d’U3O8
a augmenté en flèche pour atteindre 30 $ US/lb
sur le marché international, alors qu’il était
à 12 $ US/lb en octobre 2003 (source :
Ux Weekly; Bonel
et Chapman, 2005). En 1976-1977, le prix du U3O8
avait atteint un sommet historique inégalé, au-delà
de 100 $ US/lb (prix en dollars de 2004 ou ~ 43 $ US/lb
en dollars courants). Il a ensuite connu une décroissance
vertigineuse à partir de 1980 pour atteindre le fond
du baril en 2001 en s’établissant sous la barre
des 8 $ US/lb. Les prix spot de l’uranium représentent
environ 15 % du marché alors que 85 % des transactions
sont conclues sous la forme de contrats à long terme, généralement
à un prix supérieur au prix spot (Sidex, 2004).

En 2005
Depuis le sommet de Kyoto, les principaux pays
industrialisés se sont engagés à réduire
leur émissions de gaz à effet de serres, responsable
en partie des changements climatiques notés par les scientifiques
depuis plus d’un siècle. Hormis l’hydro-électricité,
l’énergie solaire ou l’énergie éolienne,
l’énergie nucléaire est celle qui dégage
le moins de gaz à effet de serre comparée à
l’énergie produite à partir des combustibles
fossiles (World Nuclear Association, février 2005).
Afin de rencontrer les exigences de Kyoto et de réduire leur
dépendance face au pétrole et au gaz naturel pour
combler leur besoin énergétique, plusieurs pays industrialisés
ont décidé de construire de nouvelles centrales nucléaires.
De plus, compte tenu de la demande croissante en besoin énergétique
de la part de pays émergeant telle que la Chine, l’Inde
et autres pays du sud-est asiatique, ainsi que l’épuisement
progressif de plusieurs gisements actuellement exploités,
un manque d’approvisionnement en uranium est anticipé
d’ici les 10 à 15 prochaines années.
Actuellement la production primaire d’uranium ne représente
que 55 % des besoins des réacteurs nucléaires en opération
(World Nuclear Association, octobre 2004). Ceux-ci constituent
des ingrédients nécessaires à une recrudescence
des prix spot de l’uranium qui favorisera un regain d’intérêt
de la part des compagnies minières à concentrer une
partie de leurs dépenses en exploration à la recherche
de gîtes uranifères.

La production mondiale
d’uranium
La production mondiale d’uranium en 2003
a atteint 36 300 tonnes (Bonnel and Chapman, 2005). Les
réserves mondiales dont le coût de production est inférieur
à 40 $/kg sont estimées à près
de 2 Mt d’uranium, ce qui représente plus de 30
ans de besoins pour les réacteurs existants (Sidex, 2004).
La production canadienne pour 2004 s’est élevée
à 13 676 tonnes de concentré d’U3O8
et équivaut à 30 % de la production mondiale.
Cette production est évaluée à 800 M$ CA.
Les réserves d’uranium à bas coût de production
(ce qui comprend les ressources assurées raisonnables et
les ressources additionnelles estimées de catégorie
1) sont de 590 000 tonnes d’U3O8
et correspondent à 12 % des réserves mondiales.
Par comparaison, les réserves d’U3O8à
bas coût de production représentent le double des réserves
canadiennes. La production canadienne provient en totalité
de la Saskatchewan (bassin de l’Athabasca). En 2003,
environ 13 M$ ont été consacrés à
l’exploration minière hors site, principalement en
Saskatchewan (World Nuclear Association, août 2005).
À l’heure actuelle, le Québec ne produit pas
d’uranium.

Références
Bonnel and Chapman, 2005. Uranium, Dans
World metals and minerals review 2005, éditeurs
Metal Bulletin, British Geological Survey and Industrial Minerals,
p. 293-297.
Clark, T. et Wares, R. 2004. Synthèse
lithotectonique et métallogénique de l’Orogène
du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador), Ministère
des Ressources naturelles et de la Faune, Québec; MM 2004-01,
182 p.
Comb, J., 2004. Fueling the future: A new paradigm
assuring uranium supplies in an abnormal market, World Nuclear
Association Annual Symposium, 8 au10 septembre 2004,
London, 16 p.
Boily. M. et Gosselin, C., 2004. Les principaux
types de minéralisations en métaux rares (Y-Zr-Nb-Ta-Li-Be-ETR)
au Québec, Ministère des Ressources naturelles
et de la Faune, Québec, ET 2004-01, 41 p.
Gosselin, C. et collaborateurs, 2003. Minéralisations
en métaux rares (Y-Zr-Nb-Ta-Li-Be-ETR) au Québec,
Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec,
DV 2003-03.
Masse, J.P., 1974. L’uranium au Québec,
Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec;
GM 51690, 88 p.
SIDEX, 2004. Explorer pour l’uranium
au Québec, Bulletin SIDEX, novembre 2004, 12 p.
World
Nuclear Association, 2004. Uranium markets, octobre 2004,
5 p.
World
Nuclear Association, 2005. Sustainable Energy, février 2005,
5 p.
World
Nuclear Association, 2005. Canada’s uranium production
and nuclear power, août 2005, 8 p.
Autres lectures suggérées
sur les types de gîtes uranifères au Canada et dans
le monde :
Géologie des types de gîtes minéraux
du Canada, révision par O.R. Eckstrand, W.D. Sinclair
et R.I. Thorpe, Commission géologique du Canada, Géologie
du Canada, nº 8, 1996. Voir les sections 1.1, 1.2,
7, 8.1, 12, 13, 14, 21 et 22.
Dahlkamp, F.J., 1993. Uranium ore deposits.
Éditeur Springer-Verlag, New-York Berlin Heidelberg; 460 pages.

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