Novembre 2008    Imprimer cet article

La restauration du site minier Aldermac :
un projet de 16,5 M$

Johanne Cyr,
Direction du développement et du milieu miniers

Les travaux de restauration du site minier Aldermac ont commencé en septembre 2008 et s'étendront sur une période de deux ans. Le coût total des travaux est estimé à 16,5 M$ et sera financé par le fonds de restauration des sites contaminés qui est sous la responsabilité du gouvernement du Québec.

La réalisation de ces travaux permettra de remettre le site dans un état naturel qui favorise la création d'habitats fauniques. Ces activités s'inscrivent tout à fait dans l'application des principes du développement durable.

Historique

Situé à 15 km à l'ouest de Rouyn-Noranda et à 3 km au nord-est d'Arntfield, le site minier Aldermac est l'un des sites miniers abandonnés1 les plus problématiques en Abitibi-Témiscamingue.

L'appellation de la propriété Aldermac dérive des noms des deux prospecteurs qui ont jalonné le site pour la première fois en 1922-1923 : W. Alderson et A.A. Mackay. Découvert en 1925, le gisement de Cu-Zn a été exploité de 1932 à 1943 par deux entreprises soit Aldermac Mines Limited et Aldermac Copper Corporation Ltd. La première a été dissoute le 13 décembre 1937 et la seconde a été mise en liquidation en janvier 1946.

Les teneurs moyennes en cuivre variaient de 1,47 à 1,65 %, les teneurs en argent étaient de 6,47 g/t et celles en or de 0,17 g/t. Le concentrateur a produit 28 041 tonnes de cuivre, 10 675 onces d'or, 389 100 onces d'argent, 63 753 tonnes de silice et environ 505 600 tonnes de pyrite.

Une problématique qui présente un défi de taille

Les travaux de caractérisation ainsi que de nombreuses études ont permis de bien établir la problématique environnementale du site minier Aldermac. On estime à 1,5 Mt la quantité de résidus miniers générateurs de drainage minier acide qui auraient été produits sur le site Aldermac. Les résidus miniers ont été déposés sans aucune mesure de confinement et couvrent actuellement une superficie de 76 hectares.

Ces résidus miniers sont composés à environ 50 % de minéraux sulfureux et contiennent des concentrations importantes en arsenic, cadmium, cuivre, molybdène, zinc et soufre. Les secteurs affectés par le drainage minier acide sont la rivière Arnoux et ses tributaires, les lacs Arnoux et Dasserat ainsi que les milieux adjacents aux résidus miniers.

Les dommages causés par cette exploitation à l'environnement sont majeurs et nécessitent des correctifs importants. De plus, ce lieu représente un risque indirect pour la santé publique puisqu'en raison de la pêche sportive la chaîne alimentaire est touchée. Compte tenu qu'aucun des exploitants visés par la Loi sur les mines ne peut être enjoint de restaurer ou de réaménager le site, celui-ci a donc un statut de site abandonné. C'est donc le MRNF qui a dû en prendre la responsabilité.

Plusieurs aspects environnementaux ont été considérés par le MRNF pour la restauration du site Aldermac :

Les solutions retenues

Le site minier Aldermac est situé dans une vallée peu profonde suivant un axe nord-sud. Cette vallée est bordée par de nombreux affleurements rocheux à l'est et par un esker de près de 2 km de long à l'ouest. Une gravière est exploitée à l'extrémité sud de cet esker. Un cours d'eau draine le parc à résidus jusqu'au Ruisseau 1, qui se jette dans la rivière Arnoux.

Le parc à résidus commence au sud à proximité des anciennes installations de la mine pour s'étendre jusqu'à 1 900 m plus loin au nord. Il présente une dénivellation de l'ordre de 25 m du sud au nord et des dénivelées importantes s'observent aux transitions entre les secteurs.

Pour chacun des quatre secteurs distincts du site Aldermac, une option de restauration a été retenue :

Secteur sud – un recouvrement étanche

Le secteur sud présente un relief accidenté avec des zones d'affleurement rocheux. Il est à la source de l'épanchement de résidus et est situé en amont du secteur intermédiaire. Ce secteur comporte une proportion importante du volume total des résidus ainsi que différents rebuts et débris associés à d'anciens bâtiments de la mine et du concentrateur. Par endroits, l'épaisseur de résidus atteint 6 m, ce qui correspond à l'ancien point de déversement.

Un recouvrement étanche sera aménagé sur une portion du secteur sud. Il sera composé d'une géomembrane, d'un géotextile de protection, d'une couche de matériaux granulaires et d'un horizon de terre végétale sur les pentes plus prononcées. L'efficacité environnementale d'un tel système a été démontrée. Ce type de recouvrement est d'une grande efficacité pour couper l'apport d'eau et d'oxygène et empêcher la production de drainage minier acide. Les rebuts et débris seront enlevés et on les éliminera selon les règles environnementales en vigueur.

Secteur intermédiaire – excavation des résidus sulfureux

Les résidus du secteur intermédiaire seront excavés et transportés dans le secteur nord. Le terrain sera ensuite chaulé et végétalisé de façon harmonieuse avec l'environnement du site. Un plan d'eau recouvrira une partie de la superficie du secteur intermédiaire après restauration. L'efficacité de cette méthode réside en l'enlèvement complet de la source de drainage minier acide.

Secteur nord – saturation des résidus sulfureux

Le secteur nord représente la majeure partie de la surface à restaurer, soit environ 26,5 hectares. La plupart des résidus y sont déjà saturés, car la nappe phréatique est affleurante. Ce secteur demeurera un milieu humide aménagé en deux terrasses. Les résidus seront recouverts avec un matériau granulaire qui aura pour effet de maintenir la nappe phréatique toujours près de la surface en réduisant le ruissellement et l'évaporation. Cette méthode est efficace pour empêcher l'acidification des résidus et, par conséquent, la production de drainage minier acide.

Pour instaurer une nappe surélevée, il faudra rehausser les digues existantes et en construire de nouvelles. La surface des résidus sera amendée par l'ajout de chaux agricole pour minimiser les impacts d'un largage d'acidité et de métaux lourds pouvant être entraînés par l'entreposage des résidus importés des secteurs intermédiaire et du Ruisseau 1. Un effort tout particulier sera fait pour l'aménagement paysager de ce secteur afin de permettre son intégration dans le milieu et le retour de la faune.

Ruisseau 1 – nettoyage du ruisseau

Le secteur du Ruisseau 1 peut être divisé en deux segments. Le premier segment, s'écoulant du sud vers le nord sur 700 m de longueur, présente une pente supérieure à 2 %, tandis que le deuxième segment, s'écoulant de l'est vers l'ouest sur environ 1,9 km, comprend une plaine de débordement d'une largeur variant entre 20 et 100 m et présente une pente moyenne d'environ 0,2 %.

Les résidus accumulés dans les 2,6 km du Ruisseau 1 seront excavés puis transportés dans le secteur nord. Le terrain sera ensuite chaulé et végétalisé pour obtenir une couverture végétale conforme à l'environnement du site.

Le plan de restauration a été conçu par SNC LAVALIN inc. en partenariat avec les firmes Journeaux, Bédard & Ass. et Écogénie inc. La réalisation des travaux de terrain a été confiée à l'entreprise Norascon d'Amos.

Références

SNC LAVALIN, Plan de restauration du site minier Aldermac, rapport final, octobre 2007.

Bédard, Isabelle, Techniques de réhabilitation des zones d'épanchement du parc à résidus miniers Aldermac, mémoire de maîtrise, département des génies civil, géologique et des mines, École Polytechnique de Montréal, septembre 2000.

CONSOR, Rapport de caractérisation – Parc à résidus miniers Aldermac, janvier 1995.

1 : Un site minier inactif est qualifié d'abandonné lorsqu'en vertu de la Loi sur les mines aucun responsable n'est en mesure d'en entreprendre la restauration, soit parce que les responsables n'existent plus légalement ou qu'ils n'ont plus les ressources financières nécessaires.

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